Le gouvernement a de nouveau relevé le quota de loups abattables, en réponse au désarroi réel des éleveurs. Mais cette réponse traite un symptôme sans toucher à sa cause. La peur du loup n’est pas une donnée brute de notre psychisme, elle est construite, transmise, façonnée par une histoire longue.
Dans les traditions slaves, balkaniques ou roumaines, cette peur a longtemps eu sa place dans le calendrier agraire lui-même, à travers des fêtes et des interdits destinés à tenir le loup à distance symboliquement, bien avant toute protection effective des troupeaux. La France porte cette même mémoire, sans l’avoir vraiment élaborée.
Ce que nous faisons quand nous abattons un loup dépasse largement la gestion d’un risque pastoral. Nous donnons à une peur diffuse une cible visible, et cette cible devient un récit que nous nous racontons sur notre propre capacité à maîtriser ce qui nous échappe.
La vraie question n’est donc pas de savoir si cette peur existe. Elle mérite d’être entendue, pas niée. La question est de savoir si nous sommes capables d’inventer des réponses à la hauteur du siècle où nous sommes, plutôt que de reconduire, face au retour du sauvage, les solutions d’un autre âge.
C’est tout l’enjeu d’une intelligence symbolique de la cohabitation, que Wolf & Human cherche à construire pas à pas, entre terrain, recherche et accompagnement des organisations.
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