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Les sept travaux réunis ici, parus à l’automne et repérés en octobre, viennent des États-Unis, d’Allemagne, d’Iran, du Pakistan et de Grande-Bretagne. Tous interrogent la place que tiennent les pertes matérielles dans notre rapport au loup, et tous suggèrent qu’elle est plus modeste qu’on ne le pense.

Le texte le plus stimulant du mois est signé par Alex et Michael McInturff (People and Nature, 27 octobre). Les auteurs partent d’un constat familier à tous les acteurs de terrain. Malgré des décennies de moyens de protection, de programmes d’indemnisation et d’efforts d’information, les conflits autour des grands carnivores persistent. Pour comprendre cette résistance, ils empruntent la théorie du monstre de Jeffrey Jerome Cohen. Les monstres y sont des constructions culturelles faites des angoisses d’une société, qui gardent les frontières de l’appartenance, résistent à l’éradication et suscitent de fortes réactions émotionnelles. Appliquée au retour du loup dans l’Ouest américain, cette lecture rend lisible ce que les approches de gestion traitent souvent comme du bruit : l’intensité des émotions et la colère de communautés qui croyaient la question réglée par l’éradication. Elle montre aussi que, dans ces conflits, les communautés finissent par faire des monstres les unes des autres. Fournir de meilleures données sur la prédation à des communautés pour qui le loup fonctionne comme un monstre culturel reste utile, mais ne suffit pas, de la même façon qu’une description plus exacte du dragon n’aurait pas apaisé les angoisses qui l’ont fait naître. Les auteurs voient dans cette théorie un miroir, qui reflète la culture locale, et une lampe, qui ouvre des récits de coexistence auxquels la gestion classique n’a pas accès.

Alex McInturff signe aussi, avec Lara Volski et Anne Beaudreau (Elementa, 16 septembre), une enquête menée dans le sud-ouest de l’État de Washington. Une meute s’y est installée en 2022, après quatre-vingts ans d’absence, dans une région marquée par une histoire conflictuelle avec les grands carnivores. Les entretiens menés avec 37 habitants d’horizons politiques et économiques variés confirment le poids des ressorts individuels décrits par les modèles psychologiques d’acceptation du risque. Ils montrent aussi que l’intolérance naît des rapports de pouvoir et du contexte économique et culturel local, et qu’elle devient difficile à défaire une fois installée. Les auteurs plaident pour une recherche menée avec les habitants dès les premiers temps du retour du loup, parce qu’elle construit la confiance.

L’étude d’Annika Metz, Matthias Waltert et Mahmood Soofi (People and Nature, acceptée le 4 septembre) mesure ce poids de l’expérience vécue. Auprès de 42 éleveurs ovins du nord de l’Allemagne, ce sont les coûts émotionnels qui font baisser la tolérance : l’inquiétude, la frustration, la vigilance, le temps et la charge mentale que demande le loup. Les pertes de bétail n’ont pas d’effet direct, et l’empathie envers l’animal augmente la tolérance. Les auteurs en concluent que les dispositifs de coexistence gagneraient à intégrer un soutien psychosocial des éleveurs, en plus des aides matérielles.

Le même constat revient en Iran. Kat Douglas et ses collègues (Ambio, accepté le 25 août) ont interrogé 292 habitants de trente villages autour du parc national du Golestan, à propos du léopard, du loup et de l’ours. Pour les trois espèces, ce que les habitants croient de l’animal est le premier déterminant de leurs attitudes, et les pertes de bétail pèsent peu. Les auteurs recommandent d’associer les mesures de protection à un travail sur les croyances locales, les normes sociales et les attentes envers la gestion.

Au Pakistan, Syed Arif Hussain et ses collègues (Frontiers in Conservation Science, 5 octobre) ont étudié le loup dans le district d’Orakzai entre août 2024 et juillet 2025. Dans les 29 excréments analysés, 57 % des proies sont sauvages, le sanglier en tête, et 43 % domestiques, surtout des bovins. Les 123 foyers interrogés avaient tous déjà signalé une attaque, et environ 80 % d’entre eux ont une image négative du loup. Ni l’âge, ni la profession, ni la taille du troupeau, ni les blessures subies par le bétail n’expliquent cette perception. Le seul facteur significatif est le nombre de loups tués dans les cinq à dix années précédentes. L’étude ne dit pas dans quel sens joue ce lien, mais elle suggère que la relation au loup se forme dans une histoire locale du conflit.

Le mémoire de master de Md Saiful Hasan (Mississippi State University, mis en ligne le 12 octobre) adopte la démarche inverse et traduit la présence du loup en dollars. Son modèle, construit pour un exploitant type du Wisconsin, met en balance les bénéfices indirects du loup, qui réduit les cerfs et donc les dégâts aux cultures, et les pertes d’élevage qu’il provoque. Les premiers, environ 37 000 dollars par an, ne compensent que 8,9 % des secondes, estimées à 415 600 dollars. L’auteur recommande une chasse régulée et une indemnisation financée par les permis de chasse. Ce travail, qui n’a pas été publié dans une revue à comité de lecture, montre bien ce que le calcul économique éclaire et ce qu’il laisse hors du cadre. Au regard des études précédentes, tout ce qui pèse le plus dans la tolérance y est absent.

Enfin, la revue Oryx publie le 26 octobre une recension par Gareth Goldthorpe de Wolf Land: The Lost Wolves of Landscape and Lore, d’Elizabeth Marshall. Le livre retrace l’histoire du loup en Grande-Bretagne et se lit, selon le recenseur, autant comme une histoire des humains que des loups. Avec les droits de chasse normands et l’appropriation privée des terres, le loup devient la victime de structures de pouvoir changeantes. Au XIXe siècle, le folklore se transforme peu à peu en « fait » historique, notamment sous la plume du naturaliste James Harting. Le débat sur la réintroduction, conclut le recenseur, porte au fond sur les gens bien plus que sur les loups, et le livre examine la façon dont les sociétés construisent des récits, désignent des coupables et décident quelles espèces ont leur place.

D’un bout à l’autre du monde, les pertes matérielles expliquent peu de choses à elles seules. La tolérance se joue dans les émotions des éleveurs, dans les croyances sur l’animal, dans les rapports de pouvoir et dans les récits qu’une société transmet depuis des siècles. C’est là que les politiques de cohabitation ont le plus à apprendre.

Références

  • Douglas K., Ebrahimi Monfared Z., Mirkarimi S., Paterson A., Soofi M. (2026). Claws, consequences and coexistence: Local community attitudes toward large carnivores in mountain landscapes. Ambio. doi:10.1007/s13280-026-02486-9
  • Goldthorpe G. (2026). Recension de Wolf Land: The Lost Wolves of Landscape and Lore, E. Marshall, Pelagic Publishing. Oryx. doi:10.1017/S0030605326104499
  • Hasan M. S. (2026). A bioeconomic analysis of gray wolves and white-tailed deer dynamics in Wisconsin. Mémoire de master, Mississippi State University. Lien
  • Hussain S. A., Javed M., Mahmood T., Mahmood T. (2026). Diet pattern and human grey wolf conflict in Orakzai District, Pakistan. Frontiers in Conservation Science. doi:10.3389/fcosc.2026.1955584
  • McInturff A., McInturff M. L. (2026). The monster in the backyard: A cultural analysis of wolf conflict in the American West. People and Nature. doi:10.1002/pan3.70462
  • Metz A., Waltert M., Soofi M. (2026). Emotional costs and empathy are associated with tolerance towards wolves. People and Nature. doi:10.1002/pan3.70441
  • Volski L., Beaudreau A. H., McInturff A. (2026). Community perspectives on the role of power and place-based knowledge at the frontline of gray wolf (Canis lupus) return. Elementa 14: 1. doi:10.1525/elementa.2025.00097